Agora 19/20
film sublime sur les ravages du fanatisme religieux
film sublime sur les ravages du fanatisme religieux
Une très belle énergie, pour un très bon premier film
Je m’attendais à une grosse déception, du coup je suis ressorti de la séance avec une impression de bon divertissement. Malgré des tics de réalisation énervants de Guy Ritchie (rythme en dents de scie, action clippesque et caméra folle), on se plonge aisément dans l’univers de Londres à l’époque victorienne. Les décors sont chouettes, le récit, sans être révolutionnaire, est suffisamment accrocheur… Mais ce qui fait qu’on passe un bon moment et qu’on excusera les défauts, ce sont les acteurs : le duo entre le flegmatique et très british Watson (Jude Law) et le déjanté et cabotin Sherlock Holmes (Robert Downey Jr, extra !) est explosif !
Guy Ritchie semble donc s’adapter au cinéma de divertissement grand public dans ce premier opus d’une future (?) saga. (comme le laissent présager le fait que les héros sont jeunes et la fin de l’histoire).
Déjà la 3e semaine, et les sorties s’enchaînent. Je croyais pouvoir suivre le rythme mais c’est compliqué, j’ai déjà du retard. Enfin bref…
Cette semaine, c’est évidemment le conte de Joan Sfar sur Gainsbourg, le western post-apocalyptique des frères Hughes, le dernier film des frères Coen, et un ptit film indé américain qui a l’air fort sympatoche. Faites votre choix et dites nous ce que vous irez voir dans les commentaires.




Gainsbourg (vie héroïque) de Joan Sfar
On en entend le plus grand bien, la bande annonce est prometteuse, le réalisateur est un auteur BD culte… autant dire que c’est très très attendu.
S’il fallait parier sur un outsider cette semaine, ce serait celui-là. Avec sa bande annonce fraîche et drôle et son joli petit buzz sur le site touscoprod qui lui a permit une belle couverture pub, le film a de bonnes chances de trouver son public.
On ne va pas se mettre à râler… mais cette 2e semaine de 2010 est encore bien chargée niveau sorties. Il va falloir faire des choix. Voilà un petit peu d’aide.
Invictus le film prix nobel
Clint Eastwood filme l’arrivée au pouvoir de Mandela et la coupe du monde de Rugby de 1995. Sujet poignant un peu casse gueule… mais c’est Clint Eastwood. A noter que c’est quand même le premier grand film sur le rugby… et rien que pour ça, ça vaut le coup d’oeil.
Une petite zone de turbulence la comédie française qui a de la gueule
Une comédie écrite par et avec Michel Blanc. La bande annonce donne le ton, ça à l’air croustillant.
Tsar le film russe de la semaine
Budget colossal pour ce film russe sur Ivan le terrible, qui pique notre curiosité.
Black Dynamite l’OVNI de la semaine
Un film blaxploitation qu’on dirait tout droit sorti des années 70, une sorte de OSS 17 du film de kung fu black. La bande annonce est une pure merveille, le film sera t’il à la hauteur. Mystère ???
Blindés le plaisir bourrin de la semaine
un bon gros blockbuster bourrin ça ne peut pas faire de mal. Ce n’est certainement pas le film à voir en priorité, mais le scénario a l’air plutôt bien ficelé et la tension semble être au rendez-vous. Une surprise ? Peut-être !
Et sinon, vous, vous irez voir quoi ?
Un film très poignant.
D’abord parce que l’émotion et la tension y sont vives et sans relâche. La violence et la bêtise sont mises en relief, en comparaison avec la sagesse et la science. Ce qui donne un rythme en alternance entre scènes actives et brutales, et scènes d’enseignement et de questionnement. C’est peut-être là que résidera le seul obstacle à l’immersion dans le récit pour certains spectateurs : son déroulé arythmique et son histoire feutrée.
Personnellement, ça ne m’a pas arrêté. On ne peut que s’enthousiasmer pour ce personnage d’Hypatie, femme savante et éclairée (jouée par la superbe Rachel Weisz). Le film n’est pas vraiment un péplum au sens classique, mais en a l’essence épique, cependant teintée d’un désespoir prenant.
Mais évidemment, c’est son propos qui marquera le plus. Avec cette tragédie qui se situe à la fin de l’Antiquité, au début de l’ère chrétienne, Amenabar nous assène sans détour sa vérité : le fanatisme religieux est presque aussi vieux que la civilisation. On tue au nom de Dieu, tous ceux qui sont différents de nous. On bride la liberté au nom d’un culte qu’on croit supérieur aux autres. Comment ne pas voir dans le drame qui se déroule devant nos yeux, les mêmes maux d’aujourd’hui ? Et tout cela est porté sur les épaules d’une femme, d’une scientifique.
Et malgré le sujet sensible, Amenabar insuffle de la subtilité (jeux de pouvoir et relations humaines imbriqués) et ne cloue pas au pilori le principe religieux mais l’utilisation fanatique qui en est faite. (ainsi Davus l’esclave – personnage très intéressant car il oscille sans cesse – cherche en la religion sa liberté et des réponses à sa condition). Un film dont on sort en colère face à tant de bêtise exacerbée.
Une ode superbe à la science, à la philosophie, au doute, et à la femme.
« Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre »…
Bon, pas grand chose à dire sur celui-là. Le siffleur est une série B au scénario sans intérêt. La mise en scène de Philippe Lefebvre est assez pêchu pour nous titiller sur la première moitié, mais pas assez pour nous empêcher de regarder l’heure.
En fait le film est seulement sauvé par son casting impeccable. Berléand, Lhermitte, et toute la clique se fait plaisir, ça se voit et c’est communicatif. Fred Testot nous fait un show innoubliable… mais à part ça, pfffiou, c’est vide.
Sans ses comédiens le film aurait été tout juste bon à faire le bonheur des retraités un après midi sur France 3. Je sais pas si ça vous situe suffisemment le niveau ?
Bon, on sourit, on s’ennuie un peu, mais pas trop… alors voilà ça mérite au moins la moyenne.
J’avais très peur d’aller voir ce film. Il y a quelques mois, quand j’ai entendu parler du projet, du pitch et des noms qui y étaient associés (Cormac MacCarthy, Viggo Mortensen), je me suis lancé dans la lecture du bouquin. Et très franchement ce fut probablement l’une de mes expériences littéraire les plus éprouvante.
Tout d’abord le style de MacCarthy, très brut, composé de phrases courtes ou de listes à la syntaxe fatiguante, est lourd à digérer… ensuite le récit est terriblement sombre, sans espoir, et je trouve qu’on ressort usé, mélancolique, voir carrément traumatisé.
Du coup, j’avais très peur de voir le film. Certaines scènes proprement insoutenables se sont ancrés dans mon imaginaire, mais elles avaient encore l’avantage de rester floues.
Cette fois, j’ai vu le film, je me suis décidé. Le livre a beau être traumatisant, il est tout de même assez bouleversant et pour tout dire : génial.
Et bien ce film a une énorme qualité, qui est aussi son plus gros défaut : On y croit.
On y croit vraiment, on y croit trop. La reconstitution du monde post-apocalyptique est parfaite, réaliste et froide. L’interprétation de Viggo Mortensen et du petit garçon est juste, on n’a aucun problème à s’identifier à eux. L’empathie est maximum. La moindre émotion vous étreint. Quant aux fameux passages d’horreurs humaine, ils sont tout simplement insoutenables.
Et c’est bien là le problème : a être trop réussi, le film est difficilement supportable. L’identification au personnage de Mortensen est tellement intense qu’on ne peut ressortir que déboussolé, sonné. La dernière fois que j’ai ressenti un tel malaise, c’est lors de ma vision cinoche de Requiem for a dream.
La route est un film à voir, c’est certain, mais à voir 1 seule fois. C’est un très beau film, mais un film absolument déprimant. Si vous voulez vraiment le voir, vérifiez que vous êtes bien en forme et de bonne humeur… ou vous pourriez le regretter.
Alejandro Amenabar filme la montée du Christianisme à Alexandrie au 4e siècle, avec un vrai regard moderne et laïc. Il confronte magistralement la science et la religion, dans un face à face cruellement déséquilibré qui ne peut que mal se terminer.
La science c’est Hypathie, interprété par la formidable Rachel Weisz. Philosophe, astronome, enseignante, femme moderne dans un monde rustre et sauvage, elle refuse catégoriquement de prendre partie pour l’une ou l’autre religion et se tient à son principe de « remise en question permanente ».
La religion, c’est le christianisme, au travers de plusieurs sphères. Il y a les chrétiens fanatiques de Cyrille, les chrétiens intellectuels de Synesius, les juifs et les paiens. Il y a aussi le jeune Davus, esclave d’Hypathie, qui, pour se défaire de sa condition, embrasse la cause Chrétienne, et enfin le pauvre Oreste, jeune notable fou d’amour pour la philosophe, qui doit se convertir par nécessité.
La grande force du film est dans la complexité des rapports entre les personnages, et notamment dans le triangle amoureux Oreste-Hypathie-Davus. Sans trop vous en raconter les choix de chacun sont cruciaux et douloureux. Le personnage de Davus est particulièrement intense et son destin est cruel. Quant à Oreste, il est terriblement sympathique mais ne peut que subir les évènements.
Le réalisateur ne sombre pas non plus dans le manichéisme aveugle dans son opposition science/religion. Souvent il recadre le personnage d’Hypathie comme une esclavagiste, et souvent le personnage de Davus vient apporter une vision plus éclairée, plus judicieuse de la croyance.
Il n’est donc pas question de fustiger la religion ou la foi en tant que telle, mais plutôt l’utilisation qui en est faite, l’abrutissement des masses, le manque de connaissance, le manque de curiosité, et plus globalement l’intolérance. Ces chrétiens qui subissaient 400 ans plus tôt les pires atrocités, deviennent à leur tour les bourreaux.
La morale du film est sans appel : « l’histoire se répète« , les peuples sont incapables d’apprendre et répètent inlassablement les mêmes horreurs. On ne peut s’empêcher de penser à d’autres exemples flagrants, incroyablement similaire : les croisades, la saint barthélémy, l’holocauste, ou même tout simplement ce qui se passe entre Israélien et Palestiniens. On ne peut aussi s’empêcher de comparer ces Chrétiens d’alors avec les Islamistes fanatiques d’aujourd’hui. Et on ne peut s’empêcher de penser que la religion à l’effet d’un poison sur des masses faibles d’esprit.
Pour une première réalisation, c’est très convaincant. Drew Barrymore, la petite soeur dans E.T. qui a beaucoup grandi, passe pour la première fois derrière la caméra pour nous raconter l’histoire de Bliss Cavendar. Bliss est une ado mal dans sa peau, que sa mère aimerait voir gagner des concours de beauté, alors qu’elle se découvre une passion originale : les derby de roller. Vous savez c’est le genre de sport underground, violent, un peu stupide, totalement non officiel, qui ont quand même un sacré public, une ligue, des fans et un vrai business… un peu comme le dodgeball (ballon prisonnier) ou le lancer de poutres. Le genre de truc qu’on ne peut voir qu’aux Etats-Unis.
Le pitch est donc assez original, même si le fond est très convenu. On a déjà vu ça des millions de fois, l’histoire de l’ado qui tente en douce de vivre sa passion, et de trouver sa place dans un monde trop grand. Mais voilà, l’univers des derby de roller donne un ton totalement décalé à cette histoire, d’autant que Drew Barrymore s’en donne à coeur joie pour distiller un humour ravageur très féminin à son récit.
Les scènes de derby ont une belle énergie et une sacré dose de folie. Il faut voir l’énergie de ce coach hilarant, qui désespère d’apprendre à ses joueuses un début de stratégie.
Bref, ce n’est pas le scénario de l’année, mais c’est très drôle, touchant, Elen Page est parfaite, et les comédiennes qui l’entourent le sont tout aussi.
C’est l’histoire de Francis Lalanne qui dédie sa vie à Dieu et qui veut pas faire de mal aux gens, parce qu’il avait été méchant étant petit et que du coup, si il fait du mal, le diable, il va venir lui manger son âme. Mais un jour y’a Leatherface qui vient lui chier sur les cuissardes avec ses potes zombis qui puent du bec. Alros Francis, il s’énerve parce que finalement il sait pas ce que Dieu veut de lui. Finalement Dieu il veut que Francis, il charcle à tout va et fasse l’apologie de la vengeance violente. Alors Francis, qui était coincé sur une croix comme Jésus, il se décrucifie des mains (ça pique !) et il va casser la tête aux méchants qui lui ont piqué son château Playmobil, avec deux ou trois potes de biture, pour sauver une jouvencelle au prénom imprononcable sans baver partout. Et à la fin, en fait, y’a un Balrog, et le deuxième méchant, c’est le frère de Francis, qui s’appelle Gérard.
Le mot « Dieu » est répété 1248 fois. Les ralentis sont très ralentis. Les charclages sont hors-champ. James Purefoy a une grosse voix. Il était bien mieux en Marc-Antoine dans la série Rome.
C’est peut-être à cause des cheveux longs…
Deux petits avis à chaud sur des films vus cette semaine. Je n’ai pas encore eu le temps de les critiquer, mais si vous devez aller au cinoche ce week-end voici deux pistes très intéressantes :
Agora (19/20): Si vous aimez Alejandro Amenabar (ouvre les yeux, Tesis, Mar Adentro, Les autres), si vous aimez les grands péplums et les belles reconstitutions, si vous êtes un fervent laïc, courrez le voir c’est un chef d’oeuvre.
Bliss (16/20) : Si vous aimez la bouille d’Elen Page (Hard Candy, Juno), si vous aimez la folie de Drew Barrymore, si vous aimez les sports underground déjantés, et si vous êtes un peu féministe sur les bords.
Je n’ai pas encore vu Bright Star, mais courrez déjà voir ces deux là, je pense que vous ne serez pas déçus.